Retour en images sur la commémoration de l’Appel du 18 juin

Retour en images sur la commémoration de l’Appel du 18 juin

La Ville d’Ozoir-la-Ferrière a commémoré l’Appel historique du Général de Gaulle du 18 juin 1940, lors d’une cérémonie organisée place Arluison, devant le monument aux morts.

Madame la Maire, Laëtitia Devriendt, ainsi que les élus de la municipalité, étaient présents pour rendre hommage à cet acte fondateur de la Résistance française et saluer la mémoire de toutes celles et ceux qui se sont engagés pour la liberté de notre pays.

Après les allocutions, un dépôt de gerbe a été effectué devant le monument aux morts, dans un moment de recueillement partagé avec les participants.

Cette cérémonie a permis de rappeler l’importance du devoir de mémoire et de transmettre aux générations actuelles les valeurs de courage, d’engagement et d’unité portées par l’Appel du 18 juin.

Retour en images sur ce temps fort de commémoration.

Discours complet prononcé lors de la cérémonie par Marcel Klajnberg, fils de Jacques Klajnberg décédé l’an dernier, dont la famille a été déportée et assassinée dans les camps nazis :

« Il est douloureux pour moi de ne pas entendre la voix de mon père, Jacques Klajnberg, pendant cette cérémonie qui, parmi toutes les cérémonies auxquelles il a participé, est certainement celle qui lui tenait le plus à cœur parce qu’elle concernait l’intimité de son histoire personnelle. Bien sûr, je n’ai pas la prétention de le remplacer et je ne veux en aucun cas le faire car son témoignage est unique et n’appartient qu’à lui. En revanche, je veux m’inscrire dans la continuité du combat qu’il a mené et faire qu’à travers moi notre nom soit présent et associé à cette cérémonie.

Ainsi, nous nous retrouvons comme chaque année depuis l’inauguration de la plaque portant les noms des enfants juifs d’Ozoir assassinés par la barbarie nazie, pour évoquer leur souvenir, lire leurs noms, rappeler qui ils étaient et ce qu’ils auraient pu devenir si le fanatisme antisémite hitlérien ne les avait pas fauchés dans la fleur de l’âge.

Cette cérémonie est essentielle, nécessaire dans le combat que nous menons contre l’oubli. Mon père disait lors de chacune de ses prises de parole : « pire que la mort, il y a l’oubli ». Oui, ces enfants ont existé, ils ont joué, ils ont ri comme des enfants de leur âge. Dans son témoignage, mon père évoquait le lien personnel qui l’unissait à chacun d’eux et 80 ans plus tard, il pouvait mettre un visage sur le nom de chacun des enfants déportés.

Ne les laissons pas tomber dans la fosse commune du temps et celle de l’anonymat.

C’est la raison première de cette cérémonie.

Mais il ne faut pas qu’elle ne devienne qu’une sorte de rituel inscrit chaque année sur le calendrier des commémorations à Ozoir et centrée exclusivement sur le passé.

Évoquer le martyre de ces enfants, c’est aussi comprendre comment on en est arrivé là, comment la négation de la valeur sacrée de toute personne humaine, comment la classification des humains entre ceux qui se proclament supérieurs, qui ont le droit de vivre et d’opprimer les autres et ceux qui sont qualifiés de sous hommes, voués à la mort après avoir étaient traqués comme des bêtes, comment la haine antisémite, le racisme et le rejet de l’étranger conduisent nécessairement à la barbarie.

Je rappelais, l’an passé, lors de l’hommage rendu à mon père, le serment du « plus jamais ça » devant les fours crématoires d’Auschwitz. Mais depuis, de nombreux dirigeants sur cette planète, de nombreux leaders politiques ont vidé ce serment de sa dimension universelle pour en faire une exhortation autocentrée : « plus jamais ça POUR NOUS » et, peu importe ce qui arrive aux autres.

Nous savons maintenant et, les tragédies qui ont marqué la deuxième moitié du XXe siècle et celles qui se déroulent actuellement sous nos yeux : en Israël le 7 octobre 2023, à Gaza, en Ukraine, en Iran, au Liban sont là pour en apporter la démonstration, qu’il n’y a pas de leçons de l’histoire,

a fortiori quand les persécuteurs d’aujourd’hui puisent dans leur propre histoire et les persécutions qu’ils ont subies la légitimité des souffrances qu’ils infligent à d’autres humains .

L’illustration la plus explicite du « plus jamais ça pour nous » je l’ai entendue il y a quelques jours dans la bouche du fils d’un célèbre couple de chasseurs de nazis qui a osé préconiser l’organisation de rafles, c’est le terme qu’il a employé, contre les migrants ayant reçu une ordonnance leur faisant obligation de quitter le territoire français, reprenant ainsi à son compte un terme qui évoque une des pires abominations commises sur notre territoire.

Dans la bouche d’un individu qui porte un nom derrière lequel se sont regroupés un certain nombre d’anciens déportés l’utilisation de ce terme « rafles » est abject et vient légitimer une pratique dont les juifs ont été les principales victimes mais pour la transposer cette fois sur une autre catégorie de population : plus jamais de rafles pour nous mais les rafles sont acceptables pour les autres, les étrangers, les migrants.. Bertolt Brecht avait raison de dire que le ventre est encore fécond d’où peut surgir la bête immonde .

C’est pourquoi il est essentiel que cette cérémonie, au-delà de l’évocation des enfants juifs assassinés, se penche sur le présent et se projette vers l’avenir. Puisque les leçons de l’histoire sont devenues inopérantes et ne suffisent plus, aujourd’hui, c’est notre vigilance, notre mobilisation, notre conscience qui doivent faire barrage pour honorer la promesse d’un « plus jamais ça universel », quelle que soit l’origine ethnique, la couleur de peau, la religion de ceux qui, aujourd’hui dans le monde, sont opprimés, persécutés, non pour ce qu’ils ont fait mais uniquement pour ce qu’ils sont .

Ce serment, nous l’avons fait à nos enfants, nos petits-enfants qui viennent aujourd’hui nous demander des comptes car nous avons failli. Jamais depuis le 8 mai 1945, nous n’avons assisté un tel déchaînement de violences,  de persécutions, de traques  y compris en arrêtant des enfants devant leurs écoles comme le font aux États-Unis les brigades anti immigration, de racisme, de recrudescence de l’antisémitisme alimenté pour partie par les images de Gaza. La guerre que l’on croyait bannie est aujourd’hui à nos portes. Aujourd’hui, c’est la suprématie de la force à l’état brut, la mégalomanie de la toute-puissance qui s’imposent avec leurs lots de destructions, de victimes innocentes dans les populations civiles, une accumulation de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité avec la volonté d’anéantir, de faire disparaître ceux qui ne sont pas « comme nous », c’est la chasse aux étrangers la chasse aux migrants applaudie par l’individu que j’évoquais il y a un instant.

La déclaration universelle des droits de l’homme, les conventions internationales, la convention de Genève sur le droit de la guerre sont piétinées sous nos yeux. Les résolutions de l’ONU restent lettres mortes quand elles ne sont pas tournées en dérision ou pulvérisées par les drones, les roquettes, les bombes. C’est la revendication d’un droit à une vengeance sans fin et sans limite en détournant le sens réel du code d’Hammourabi qui est passé dans le langage courant sous le terme de « loi du talion » et qui a introduit la première loi ordonnant une proportionnalité entre le préjudice subi et la riposte : la célèbre formule : « œil pour œil, dent pour dent » signifie en réalité : « pour un œil, pas plus qu’un œil, pour une dent, pas plus qu’une dent ». Avec les massacres dont sont victimes les populations civiles et dont nous sommes quotidiennement témoins, nous sommes bien loin de l’esprit de ce texte et de son exigence de proportionnalité entre le préjudice subi et la riposte.

En rendant hommage aux victimes de la barbarie nazie, nous devons montrer aux nouvelles générations que ce n’est pas ce monde-là que nous voulons et pour cela, nous devons nous ériger en gardien du droit et crier notre exigence que les droits humains soient respectés par tous et partout. Mais pour y parvenir, nous devons ne pas être simplement des témoins de ce qui fut, même si ce rôle de passeur de mémoire est essentiel. Nous devons être des lanceurs d’alerte, des éveilleurs de conscience, celle de nos enfants, de nos petits-enfants, et globalement de toute cette jeunesse sur laquelle repose la lourde responsabilité de construire le monde de demain.

Nous devons leur apprendre à se méfier des discours fallacieux de ceux qui, hier, aux côtés des nazis, apportaient leur collaboration dans l’extermination des juifs et dans l’adoption des pires lois antisémites. Ce sont les mêmes aujourd’hui qui, après avoir revêtu le costume d’une pseudo respectabilité, se proclament amis des juifs alors que dans leurs rangs continuent de sévir des individus qui reprennent à leur compte les slogans nazis et que, lors de leurs manifestations, certains n’hésitent pas à faire le salut nazi au vu et au su de tout le monde et, c’est le plus grave, en toute impunité , ou qui se livrent à des « ratonnades » contre ceux dont la couleur de peau ou l’origine ethnique leur déplaît. Nous ne devons pas laisser entre les mains de ceux qui, hier, organisaient les persécutions et l’extermination des juifs, le combat contre l’antisémitisme. C’est un combat sans relâche et de tous les instants que nous devons mener avec la plus grande fermeté, sans rien laisser passer, tout comme le combat contre toute forme de racisme et de xénophobie. Mais, encore faut-il ne pas se tromper de cible et veiller à ce que la lutte contre l’antisémitisme ne soit pas instrumentalisée à des fins politiciennes en procédant délibérément à des amalgames qui pervertissent nos objectifs. Les antisémites s’en prennent aux juifs à partir de la représentation fantasmée qu’ils s’en font, ce qu’ils sont ou plutôt, ce qu’ils seraient selon l’image qu’ils s’en sont forgée dans leur imaginaire ou des clichés véhiculés sur les juifs, même s’ils sont en total décalage avec la réalité.

En revanche, vouloir élargir à toute dénonciation de la politique menée par les dirigeants actuels d’Israël, l’accusation d’antisémitisme, c’est un détournement de notre combat. Ceux qui, s’appuyant sur les condamnations prononcées par la cour internationale de justice, condamnent les agissements des dirigeants israéliens, ne remettent aucunement en cause l’existence d’Israël en tant qu’État et ne s’en prennent pas à ses dirigeants pour ce qu’ils sont, mais uniquement pour ce qu’ils font ou pour les propos qu’ils tiennent. Il y a là une distinction essentielle à laquelle nous devons veiller, faute de quoi ce combat essentiel contre l’antisémitisme risque d’être noyé dans un magma indifférencié ou toute critique contre Israël serait considérée comme antisémite et passible d’une condamnation judiciaire. Nous devons rester clairs sur nos objectifs pour que ce combat contre l’antisémitisme ne soit pas dénaturé à des fins qui vont à l’encontre de ce pourquoi nous nous battons et qui, outre les atteintes graves à la liberté d’expression, pourraient conduire à une recrudescence de l’antisémitisme du fait même de cette assimilation entre les juifs et Israël. C’est pour les vraies victimes de l’antisémitisme que nous devons nous battre en y incluant, bien évidemment les victimes des massacres perpétrés en Israël le 7 octobre 2023.

Victimes innocentes, les enfants juifs d’Ozoir et d’ailleurs l’étaient assurément. Mais elles seront doublement victimes si nous laissons se reproduire ce qui a rendu possible leurs assassinats, si, après avoir été victimes d’une des pires abominations du XXe siècle, elles sont une seconde fois victimes de notre résignation, nos renoncements, nos silences avec, au final, l’abandon de notre ambition de bâtir pour les générations futures un monde plus juste, plus fraternel, dans lequel les discriminations et les persécutions auront définitivement disparu.

Pour les enfants juifs d’Ozoir et tous les enfants du monde, pour toutes les victimes innocentes des dogmatismes, des totalitarismes, des fanatismes laïques ou religieux, ne renonçons pas, car c’est cette ambition qui fonde notre humanité et qui nous permet de rester des êtres humains parmi les autres humains. C’est cette ambition que notre jeunesse doit s’approprier à son tour et c’est notre responsabilité d’éveiller la conscience des jeunes d’aujourd’hui par la compréhension des crimes du passé pour nourrir leur engagement afin que le serment de leurs grands-parents : « plus jamais ça » devienne leur combat en vue de bâtir pour eux-mêmes et pour leurs enfants une société dans laquelle plus personne n’aura peur d’afficher qui il est et ce en quoi il croit dans le respect des croyances et des identités d’autrui.

« Je tiens dans ma main toutes les mains de l’humanité » Claude Roy »

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